La douane et le DPI

ajouté le 08.07.2012 dans Suisse • par SwissTenguCommentaires (0)
Tags: dpi réseau douane

Suite à mon coup de gueule sur les sorties à la mors-moi-le-noeud de Markus Naef, on est venu me parler de la douane, du fait qu'elle ouvre des colis etc. Certes, mais:

- la douane est découplée des services de poste
- la douane se base sur la provenance, la taille, la destination, un scan, ou le flair d'un chien dressé à détecter des substances diverses et (a)variées
- la douane marque le colis ouvert, et la plupart du temps facture encore le processus au destinataire

Si on reprend ces trois points, on se rend compte que:
- le FAI joue le rôle de la Poste
- Le FAI n'a donc pas à mettre son nez dans les paquets transitant sur le réseau (sauf sur décision de justice dûment motivée)

Jusque là, c'est simple.

On me répond ensuite "bah, un organisme de l'état chargé de surveiller..?"
hm... comment dire les choses... ?

NON!!!!
Sur quoi se baserait un quelconque organisme, privé ou non, pour savoir quelle connexion écouter ou non?
La "provenance" ne veut rien dire du tout, sur Internet. Entre le spoofing, les proxies et le reste, c'est illusoire.
La "destination", pareil, ça ne veut rien dire: le NAT, ça a toujours existé, et ce n'est pas près de disparaître. Et les wifi non sécurisés, pareil. Même le WPA2 est cassable en quelques minutes de nos jours (je vous laisse chercher ;) ).
La taille des paquets? oué, bien sûr, entre ça et ça, y a moyen de jouer un peu (plus les autres choses possibles dont je n'ai pas connaissance ;) ).
Le flair d'un chien? Là, on s'approche de plus en plus du DPI. Et encore, avec les protocoles chiffrés, le chien en question risque d'être un peu embêté. Un peu comme si on mettait un truc avec une très forte odeur dans un colis - le chien va tiquer sur cette odeur (inoffensive) et laisser passer le reste.

Quant à cette stupide idée de "grosse quantité de données", promis, je suis capable de faire un trafic d'enfer sur ma ligne rien qu'avec des services légaux (youtube, dailymotion etc). Il pourrait même être plus important que ce que j'ai actuellement quand je télécharge 1-2 films (que je possède en DVD, mais voudrais voir en HD sans repayer une Nième fois des droits d'auteurs déjà payés, repayés voire re-repayés).
Après, je sais, certaines personnes pensent que justement youtube et compagnie feraient mieux de faire profil bas, parce qu'ils se font un fric monstre sur le dos des ayant-droits en laissant tout le monde publier tout et n'importe quoi. Mais c'est un autre débat (tout aussi intéressant).

Le truc, c'est que des personnes non-techniques sont convaincues que "parce que ça marche dans le monde réel, ça va marcher sur Internet". Certes, techniquement, tout est possible. On peut sans autre poser des sondes sur les connexions, brider le débit, flanquer du DPI à tous vents etc. Mais à quel prix?

Le matériel lui-même est très cher, les FAI ne seront jamais d'accord pour le payer, sans compter les formations, le personnel qualifier à trouver (et payer cher, très cher).
Et je pense que les clients ne seraient pas très heureux d'avoir la répercussion du prix sur les abonnements, surtout quand ils sauront que c'est pour les surveiller de manière massive ;).

Sans parler non plus du problème législatif majeur posé par l'utilisation systématique de ces outils:
adieu, vie privée,
adieu liberté d'expression (et ce n'est pas que moi qui le dit),
adieu, secret des postes (applicable aux données sur le Net).
En contre-partie,
bonjour censure,
bonjour accidents (dommages collatéraux dus à la censure),
bonjour filtrage abusif,
bonjour les fuites de blacklist (sisi - y a déjà eu).

La situation est tendue, pourtant elle ne date pas de hier, de loin pas: Internet a pris son envol il y a plus de 10 ans, était un terrain presque vierge, et les industries de la culture lui ont simplement tourné le dos. Au lieu de regarder comment les gens utilisaient cet outil à ses débuts, ils se sont contentés de maintenir leurs monopoles, leurs réseaux de distribution désuets et anachroniques.
Au lieu de tirer les leçons de Napster, ils ont préférés le torpiller et continuer dans leur direction, en complète opposition avec les réalités d'Internet, avec les besoins des consommateurs etc.

Et maintenant que leur position de géants commence enfin à réellement trembler, ils se réveillent, et au lieu de faire les choses dans un sens pouvant satisfaire tout le monde, continuent encore et toujours de vouloir garder leur vieux modèle. Mais bordel, ils n'ont jamais entendu parler de Darwin et/ou de la théorie de l'évolution ? Ah, j'oubliais, aux USA (source de la plupart des merveilleuses idées type ACTA, TPP et camp de base des lobbies du divertissement), ce sont des théories controversées et remises en cause assez souvent par les vieux conservateurs... Dommage. Un jour, ils comprendront. Ou disparaîtront.

Au final, on nous rabat les oreilles avec des expressions de ce genre:
"téléchargement illégal" - STOP, lire: le blog de KHannibal.
"les artistes meurent" - STOP: définissons "artiste" en premier lieu. Ma définition ne va sans doute pas correspondre avec celle des Majors.
"la culture se meurt" - STOP: preuves? j'ai rarement eu autant de choix niveau musique, lectures et films - et tout cela grâce à Internet (découverte de nouveautés, commandes en ligne, contact avec les artistes directement etc).

D'aucun vont me dire que je suis un cas spécial, parce que je paie ce que je lis, écoute ou regarde. On m'a éduqué ainsi, et il me semble que c'est normal que je paie pour ce que je consomme. Là où le bas blesse, c'est, par exemple:
- utilisation éhontée de DRM (meilleur exemple: les bluray)
- limitations quant à l'utilisation de ce que j'achète (via la loi, ou via des mesures techniques)
- appauvrissement du domaine public suite à des prolongations du droit d'auteur

Actuellement, on n'entend que les musiciens et le monde du cinéma - pardon, les sociétés de gestion de ces derniers - et plus ça va plus je me demande dans quelle mesure ces sociétés de gestion ne sont pas juste des intermédiaires complètement anachroniques, dépassés et paumés, faisant plus de mal que de bien à l'image de celles et ceux qu'elles sont censées protéger et défendre. Mais la culture ne se résume, heureusement, pas qu'à ça. Les écrivains, les photographes, les peintres etc, on les oublie. Pourtant, on peut sans trop de problème copier leurs oeuvres... A croire que leurs lobbies sont nettement moins influents, et ont nettement moins de soutiens de la part des USA ;).

Avec le rejet d'ACTA, on va voir de plus en plus d'articles dans des média peu regardant voulant rejeter la faute sur les consommateurs, qui ne font que profiter de ce qui est présenté. On va voir de plus en plus d'idées farfelues si ce n'est dangereuses, ayant pour conséquence finale la limitation des libertés individuelles (expression, accès à l'information, accès à la culture (pardon, ce n'est pas une liberté ça... elle se paie, et chère)) pour le profit de quelques sociétés. Oui, sociétés, et quelques artistes - ces derniers étant en nombre assez restreint. Il n'y a qu'à voir les chiffres de redistribution des sociétés de gestion. Ils parlent d'eux-même...

Le système autour de la culture est malade, gangrené et tombant en lambeaux. Il est temps de le changer, de passer un coup de patte à poussière, d'élaguer les branches pourries pour laisser la place aux jeunes pousses vertes ne demandant qu'à s'épanouir.

On pourrait déjà commencer, en Suisse, par demander la fusion des cinq sociétés de gestion, de manière à avoir un seul et unique interlocuteur, limiter les frais de gestion, mutualiser les bases de données entre les différentes branches culturelles, mettre à jour les systèmes de gestion (l'informatique n'est que l'ombre d'elle-même au sein de ces sociétés, c'est une catastrophe).
Ensuite, on pourrait partir à l'assaut de l'Europe, en proposant une base de données unique et complète, de manière à éviter la situation actuelle où tout est rentré 10'000 fois dans divers bases, manuellement, avec les erreurs inhérentes à ce type de boulot (faute de frappe, perte d'information etc).
Et après.... on verra ;).

Comme déjà dit plusieurs fois: il est temps de partir à l'abordage du droit d'auteur, d'en faire une révision en profondeur, et de passer un coup de brosse à chiotte pour avoir une situation propre et nette.

T.
 

La bonne idée

ajouté le 08.07.2012 dans Suisse • par SwissTenguCommentaires (0)
Tags: dpi pirate réseaux bullshit

Marrant: je me demandais dans mon précédent billet ce que nos amis les lobbies allaient sortir comme conneries après le rejet d'ACTA au niveau Européen...

On a déjà droit à une réponse de la part de Markus Naef, président d'AudioVision Suisse, le lobby de l'industrie du film. Et c'est le genre de réponse qui fait un peu froid dans le dos, en fait:
Une des solutions serait que la lutte contre le piratage passe par les fournisseurs d'accès internet. Ils sont "les mieux placés pour garder un oeil sur le trafic des données. S'ils voient qu'un internaute télécharge des quantités très importantes de données, ils peuvent tout d'abord envoyer une lettre d'avertissement, ensuite limiter le débit internet et dans un stade ultime couper l'accès", note Markus Naef.
(source: RTS).

Donc si d'un coup je décide de télécharger les 6 DVD de Debian, ou d'OpenSuSE ou autre, ou encore qu'un de mes ordinateurs a "quelques" mises à jour à faire, hop, je me ramasserais une lettre? C'est quoi, "quantité très importantes" ??? De nos jours, rien que sur YouTube, DailyMotion etc on a plein de trafic. #bullshit!

On peut aussi lire le paragraphe suivant:
"opérateurs ont tous les instruments techniques nécessaires pour vérifier ce qui est téléchargé. En cas d'infraction claire ou sur demande de la justice, ils peuvent déjà mettre en place ce type de filtres dans certains cas, comme en matière de pédophilie",


Bah tiens. Allez, on ressort la carte magique de la pédophilie, tant qu'on y est.

Avec un petit ajout cependant: les FAI feront la police. Ben voyons. Quelle excellente idée. Avec un peu de DPI histoire de bien faire, hein?

Qu'un type de ce genre puisse avoir une écoute journalistique, et que les journalistes ne semblent pas remettre en cause les propos d'une manière ou d'un autre, et pire, continuent de propager la fausse idée que le téléchargement est illégal, ça commence à me gonfler légèrement.

M. Naef est un ignare technique qui balance des propos dangereux, se permet de faire des parallèles qu'il ne comprend pas lui-même. J'espère vivement que le Parti Pirate, les Verts et autres partis politiques suisses vont réagir à ces propos, qui ont le potentiel de mettre en danger la vie privée des gens.

Pour rappel: la mise sur écoute d'une ligne de communication, qu'elle soit numérique, analogique ou physique (lettres, colis) ne peut se faire que sur décision de justice, dans le cadre d'une enquête, après avoir épuisé les autres solutions.

Et donc M. Naef propose simplement de bypasser ça, et de généraliser l'écoute. Mais ouiiiiii. grmbl.

Le droit d'auteur n'a pas le droit de mettre en péril le secret des communications. Point final.

T.