Mon père, ce pirate au sourire si doux

ajouté le 03.02.2014 dans Geulons un coup • par SwissTenguCommentaires (0)
Tags: culture piratage copie

L'Industrie culturelle a réussi une chose formidable : elle a, de part sa nullité et sa voracité, poussé un honnête citoyen ayant payé jusqu'au dernier centime ses redevances, ses dvd, ses blurays et ses CDs, à se transformer en un pirate, rejoignant de ce fait le groupe que nos chers industriels détestent et veulent traquer.

Mais comment est-ce donc arrivé, me demandez-vous ? C'est fort simple, au final : il aura suffi de 5 étapes majeures.

Les supports physiques, c'est chiant

Surtout quand on a deux endroits géographiquement distants où on veut regarder les films qu'on a. Du coup, que faire ? L'offre légale en ligne étant ce qu'elles est (absente, donc), et partant du principe qu'on a déjà payé les droits, et qu'on veut pas en payer une seconde fois pour exactement le même contenu… On se retrouve un peu coincé, là, comme ça, bêtement.
On va donc copier, histoire de faire un backup, et de dupliquer les choses…
En plus, comme ça, on profite pour supprimer les publicités, les lancements pour des films qui ne nous intéressent pas et, surtout, les messages "pirater c'est mal". Messages qui ratent TOUJOURS leur cible, puisque présents uniquement sur les supports officiels…

On copie, mais…

Les dvd sont protégés, comme chacun le sait… Du coup, il est obligé de contourner une protection numérique "réputée efficace" (sans commentaire) pour effectuer sa copie de sauvegarde.
Or, contourner une mesure numérique "réputée efficace", bin c'est MAL. En Suisse, c'est accepté et légal, pour autant que cela serve uniquement le dessein d'une copie privée de sauvegarde. Mais, pour rappel, cette autorisation est très mal vue par l'IIPA, ces derniers désirant restreindre les droits des consommateurs au strict minimum pour les enfermer dans des petites boîtes (de dvd).
Pour nos industriels favoris ce brave citoyen est passé de fait dans le groupe des vilains tueurs de culture.

La galette, ce support périssable

Et là, c'est le drame : la découverte macabre de supports devenus illisibles dans la dvd-thèque. Ils ont beau être conservés au sec, au frais, à l'abris de la lumière, les dvd se foutent en l'air sans qu'on ne leur en donne la permission. Et deviennent, par conséquent, illisible.
Il en va de même pour les CD et les blurays, d'ailleurs.
Que faire dans ce genre de cas ? On rachète ? En payant une seconde fois toute la chaîne de distribution pour un bien qu'on possède déjà et qui, en plus, a le bon goût d'être périssable ?! Non mais ça va l'chalet ou bien ??

Dis, t'aurais pas ce film ?

Donc non, on ne va pas repayer pour quelque chose qu'on possède déjà. Un échange sur un vieux dvd étant impossible (y a plus de blister, y a plus le ticket, pis de toutes façons le vendeur n'est ni coopératif ni intéressé), on va se tourner vers son nouveau groupe : les pirates. Eux, ils savent parfaitement comment et où aller chercher le précieux contenu manquant. Notre bon citoyen s'en va donc demander à ses proches chapeautés et borgnes comment ils font, où ils se retrouvent, bref, comment ils piratent.

Et les blurays ??

Comme ce citoyen suit les tendances, il a acheté des blurays. Et est sur Mac. Ce qui va de suite le freiner assez brutalement dans ses copies, vu que Apple, dans le but de "ne pas enfermer ses utilisateurs" (ne pas rire…), a refusé de supporter le bluray.
Là encore, que faire ? Attendre que les galettes se foutent en l'air, en racheter, et recommencer ? À double en plus ?! Vous êtes sûr ?

Vu l'absence d'offre légale correcte, là encore, la solution est simple : les communautés de vils pirates sans foi ni loi. Mais avec un niveau de service supérieur, et de loin !
Et comme un dvd se copie et coûte moins cher, et qu'un lecteur dvd ne pourra, à priori, pas recevoir de mise à jour par le réseau lui faisant refuser vos galettes achetées légalement, ce citoyen ira acheter le dvd, et trouvera en ligne la version 1080p de son film, en évitant à nouveau les 10'000 messages anti-pirates dont regorgent les supports officiels.

Du coup… notre citoyen modèle aura, en quelques jours, appris à contourner des protections inutiles qui l'empêchent de jouir de droits qu'il paie (redevances pour la copie privée, ça vous parle ?), constaté que l'industrie culturelle fournit des produits périssables sans offrir de service de remplacement, et ne propose aucune solution pour dupliquer simplement ses contenus sur deux lieux

Voilà comment l'industrie remercie ses clients pour leur fidélité. Voilà comment l'industrie, de par son inertie et sa bêtise récurrente, a réussi à pousser un de ses (excellents) clients vers le piratage.

Et pour celles et ceux qui doutent de tout cela : ce citoyen, c'est mon père, qui a toujours regardé d'un mauvais œil mes disques durs chargés de culture. Et qui me demande maintenant comment faire pour sortir de sa petite boîte créée de toutes pièces par une industrie vétuste et refusant d'évoluer avec les technologies, préférant investir des millions si ce n'est plus dans une protection irréalisable, dans des mesures de coercition et des pots de vin pour faire passer tout ça…

Bravo les Majors et autres industriels poussiéreux de la branche, vous avez réussi en quelque jours ce que je n'aurais pas pu accomplir en une vie : transformer mon père en pirate.

T.
 

Le foot, ce tueur de culture

ajouté le 07.01.2013 dans Suisse • par SwissTenguCommentaires (1)
Tags: culture piratage foot 20minutes

Ce matin, dans le train (pour une fois à l'heure), je suis tombé sur un petit encart du 20 Minutes (faut bien s'occuper pendant le trajet), page 13…
Il parle des entrées de cinéma pour 2012, en particulier du fait que le nombre d'entrées a augmenté de 2.4% (sacrés pirates), et que les revenus des exploitants (j'aime ce mot) ont progressé de 3.4%.
On note de suite que l'augmentation du revenu des exploitants est supérieure à l'augmentation des entrées - merci l'augmentation du prix du billet, en particulier pour les projections 3D…
Et l'article de conclure par cette petite phrase anodine que j'ai de suite adoré:
Faute de participation à l'Eurofoot, les Suisses sont aussi allés au cinéma durant l'été

Il va sans dire que mon amour immodéré pour le "pouet-pouet-gooooooaalll-pouet-pouet" m'a poussé à réagir de suite ;).

Après le téléchargement "illégal", la nouvelle menace culturelle du ballon rond ? Vu le degré de régression observé chez les supporters, le fait que le foot soit une menace contre la culture ne m'étonne même pas. Faudrait taxer les billets des matches pour soutenir la culture, moi j'dis !

Oh, et, ces statistiques sont sorties par Procinema, l'association faîtière de la branche (qui ne s'occupe donc que des exploitants et des distributeurs).
En passant, leur page pour le Top25 est intéressante… Me demande dans quelle mesure certaines personnes de ma connaissances ne pourraient pas récupérer ces statistiques hebdomadaires et travailler dessus pour sortir des chiffres… Je dis ça, je dis rien ;).

Qu'on ne vienne plus me parler des dangers du piratage. Jamais !

T.
 

Quand les ayant-droits se tirent une balle dans le pied…

ajouté le 13.12.2012 dans Suisse • par SwissTenguCommentaires (2)
Tags: lastfm majors culture suisa

J'en ai appris une bien bonne aujourd'hui : Last.FM arrête le service "Radios" pour la majorité du globe :
Up until now, radio has been a subscription only feature. However, from Tuesday 15 January 2013, unfortunately we are no longer able to provide radio streaming to these countries, even to subscribers, due to licensing restrictions.
Jusqu'à maintenant, la Radio a été une option accessible uniquement pour les membres payants. Malheureusement, à partir du mardi 15 janvier 2013, nous ne seront plus capables de fournir les radios en streaming pour ces pays (ndt : pays autres que USA, Angleterre, Allemagne, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Irlande et Brésil), même pour les membres payants, et ce pour cause de restrictions de licence.

En lisant l'annonce, on se rend compte que :
- ce n'est pas vraiment de la volonté du site de priver de ce service une partie de leurs utilisateurs
- à priori, le problème provient des ayant-droits (pour changer) et des licences complètement stupides qui s'évertuent à considérer qu'Internet est limité par des frontières gréographiques.

Ce qui est marrant, c'est qu'ils enlèvent les radios pour, majoritairement, des pays dont les membres doivent de toutes façons payer pour accéder à ce service (seule l'Allemagne, l'Angleterre et les USA bénéficient d'un régime préférentiel). En gros, Last.FM est contraint d'enlever un des attraits les plus importants de son site : la possibilité d'écouter de manière illimitée des "radios", qui permettent ainsi de découvrir des artistes similaires à ceux qu'on apprécie… Avec, sur l'interface web du moins, les liens qui vont bien pour acheter le CD voire la piste si disponible à l'unité. Une formidable vitrine, au final
Nul doute que certains ayant-droits ont dû trouver complètement scandaleux que les usagers ne doivent payer "que" 3$ par mois pour accéder aux contenus…
Ce qui me fait me demander comment Last.FM fait dans les 3 heureux pays où les utilisateurs n'ont rien à payer pour écouter la musique. Peut-être que SUISA aura une idée sur la question ?

Précisons aussi que la plupart des musiques présentes sur le site sont des extraits de 30 secondes - l'artiste (enfin, l'ayant-droit, soyons réalistes) pouvant décider de laisser la piste complète ou non…

J'avais déjà été un rien agacé par Logitech qui, sans raison, interdisait l'utilisation des radios Last.FM sur leurs squeezeBox aux suisses, même si on était "subscriber", obligeant ainsi les gens à installer un SlimCenter chez eux… On va dire que la décision de Last.FM règle ce problème aussi - malheureusement, absolument pas dans le même sens.

Leur décision va sans doute avoir un effet assez radical sur les usagers se trouvant en-dehors des Élus. Il serait TRÈS intéressant de creuser un peu du côté des accords conclus entre Last.FM et ces divers pays, de manière à comprendre pourquoi, par exemple, la France, la Suisse, l'Italie et tant d'autres n'auront plus accès aux radios.

Sur ce coup, les ayant-droits et leur politique viennent de s'exploser les deux pieds à coups de chevrotine. Qu'ils continuent ainsi, ils vont tout simplement disparaître au profit d'autres structures.
Heureusement, des alternative existent, parmi lesquelles on peut citer Jamendo, Qobuz, Dogmazic (actuellement en travaux), Open Music Archive, Jango (qui semble offrir un service du genre de Last.FM, avec la découverte d'artistes similaires), Grooveshark, et tant d'autres services qui n'attendent que des membres et de la vie. Parlons aussi de Bandcamp, qui permet aux artistes d'avoir leur propre page, et de vendre leurs œuvres. Attention toutefois aux vrais faux sites, qui se feront un plaisir de vous prendre votre argent sans rien redonner aux artistes (selon certains, Grooveshark en fait partie - il est dans une zone grise, on va dire. Ils ne sont pas forcément très corrects)…

Je me demande qui, parmi la masse d'ayant-droits, a réellement fait pression sur Last.FM. Je doute que ce soient les artistes eux-même… La plupart n'a de toutes façons plus son mot à dire du moment qu'il signe avec un gros label, en particulier aux USA (le copyright (anglo-saxon) est une belle saloperie par rapport au droit d'auteur européen - ce dernier, via les droits moraux, rend l'œuvre inaliénable de l'artiste).

Entre certains groupes censés défendre la culture qui ponctionnent joyeusement les artistes indépendants et ceux qui veulent trucider les offres légales "parce qu'elles rapportent pas assez", on est en droit de se demander qui protège réellement les artistes… Peut-être est-ce tout de même le consommateur, y compris celui qui télécharge tel le vil pirate moyen, portant cagoule et gants noirs, et partageant par là même la culture autour de lui.

Il va sans dire que mon compte Last.FM a été fermé sur le champs, vu que le site perd de suite son intérêt pour moi : si je ne peux plus brancher une radio et découvrir par ce biais des nouveautés, ma foi… Je me rabats sur d'autres services.
C'est fort dommage. J'aimais bien ce site, et leurs algo pour proposer des artistes similaires n'était pas trop mauvais, voire en fait très bon… On verra comment ça évolue - je me souviens que la mise en place de l'option payante avait déjà un peu ébranlé la communauté… Je doute que la suppression d'un point aussi central ne fasse aucune taches sur les murs.

Wait and see. En attendant, je vais lancer un énorme MERCI à tous les ayant-droits ayant participé à cette modification. Vraiment, ils ont tout compris. Une fois de plus.

T.
 

Soutenez les musiciens indépendants !

ajouté le 16.11.2012 dans Suisse • par SwissTenguCommentaires (0)
Tags: ifpi isrc musique culture

Suite à diverses discussions et tribulations, Michael Gabriele, du groupe de musique OUiZZZ (que je recommande chaudement) a ouvert une pétition demandant à l'IFPI Suisse de baisser le prix des racines ISRC en-dessous de 100CHF, de manière à permettre aux musiciens indépendants et aux petits éditeurs d'obtenir leur propre racine ISRC.

Pour rappel, le code ISRC est un ISBN pour la musique, indispensable dès qu'on veut vendre sa musique en ligne. Ce code est formé de plusieurs éléments, décrivant le pays, le groupe, l'album et le morceau. L'IFPI fourni un code "racine" contenant les éléments "pays" et "groupe" - le reste du code est à générer par morceau.

Actuellement, le prix abusé de ce code racine pénalise grandement les musiciens indépendants, les obligeant à passer par des agrégateurs ou des grosses maisons d'édition (en général membre d'IFPI Suisse… Allô la COMCO ?!), ce qui est inadmissible, que ce soit dans une pure optique commerciale ou simplement idéologique. L'indépendance est le garant d'une richesse et d'une diversité culturelle devenue trop rare de nos jours.

Il va sans dire que je soutiens sans réserve cette pétition, de même que d'autres musiciens et que le Parti Pirate Suisse.

Vous aimez la culture et la musique alternative ? Alors signez la pétition !

Pour une culture plus riche, respectant les auteurs. Pour un retour aux sources de la création.

T.
 

Obsolescence culturelle et autres considérations

ajouté le 25.10.2012 dans Suisse • par SwissTenguCommentaires (11)
Tags: culture obsolescence piratage fomch

Il y a deux concepts qui semblent acquis à tout jamais dans le monde de la culture : l'obsolescence (aka rareté), et la cascade de distribution.

Ces deux concepts sont complètement absurdes pour au moins trois secteurs culturels : la littérature, la musique et le cinéma.

Pourquoi ? Simplement parce que ces trois secteurs sont numérisables assez simplement (note: pour les vieux films, c'est moins simple, mais toujours faisable), ce qui induit la possibilité de distribution illimitée dans le temps et en quantité. Ces concepts sont un non-sens et, j'ose le dire, une insulte à l'intelligence (toute relative) du public désirant assouvir ses besoins de consommateurs en… consommant, tout simplement. (Bon, le besoin de consommer est un concept tout aussi immonde, provenant de notre société et de son modèle, mais c'est une autre histoire, tout autant intéressante certes.)

Explications.

Actuellement, un éditeur achète les droits pour pouvoir produire ses supports physiques de manière exclusive, vend ses supports, et une fois arrivé au fond du stock, s'il voit la moindre inflexion dans le chiffre de vente, il ne va pas reconduire la production. Il arrête là. J'en vois déjà des qui s'agitent en disant "mais c'est faux, c'est trop simplifié !".
Le public perd donc un bout de culture. Certes, parfois cela vaut mieux (je vous laisse vous faire une liste des "DO NOT WANT" qui vous viennent en tête), mais ce n'est en tous cas pas à un éditeur de décider ce qui est bon ou non culturellement pour le peuple. Le peuple en question est censé avoir un esprit critique, et lui seul est apte à faire le tri de ce qu'il veut ou non. (Oui, bon, "esprit critique"… Peut-être faudra-t-il qu'il l'affûte un poil tout de même - après, tous les goûts sont dans la nature. Certain[e]s aiment vraiment Justin Bieber !)

De ce fait, on assiste à un appauvrissement des catalogues, parce que les "vieilleries" sont écartées au fur et à mesure. Oh, pas toutes. Elvis se vend encore très bien, alors on le ressert à toutes les sauces. Idem pour des films genre Blade Runner ou autres. Mais les petites choses n'intéressant qu'un nombre limité de personnes, on oublie. Introuvable, à moins qu'on n'aille fouiller les sites de seconde-main, ou qu'un vide-grenier autour de chez vous ne livre ses perles rares. Et, parfois, mieux vaut ne pas trop regarder l'état :(. Le pire étant si on désire une collection importante de livres (genre les 150 premiers tomes d'une série débutée dans les années 1960… bonne chance pour les trouver).

Une autre solution vient naturellement à l'esprit : Internet. Après tout, par ce biais, on accède à des dizaines, des centaines, des milliers de catalogues alternatifs. Certains légaux (mais rares, et limités), d'autres un peu plus dans la zone grise, celle qui fait bondir ces mêmes éditeurs qui se plaignent de la baisse de leurs ventes (on attend toujours les vrais chiffres des pertes dues au piratage et non à la baisse de qualité du "produit" qu'on tente de nous enfiler par tous les trous à prix prohibitifs).
Cela valide pas mal l'idée que les pirates font un backup de la culture mondiale à leurs frais (matériel de stockage, connexion Internet etc). En effet, c'est uniquement grâce à eux (et aux moteurs de recherche efficaces) que certains contenus sont encore plus ou moins disponibles.

Au final, ces pirates remplissent le rôle des éditeurs, à leurs frais, sur leur temps. Rôle que les éditeurs dédaignent du moment que le contenu perd un peu d'intérêt. De là, une conclusion s'impose d'elle-même : si le contenu n'est plus édité, donc plus disponible dans le monde, pourquoi ne passe-t-il pas d'office dans le domaine public ? Cela possède plusieurs avantages :
- ça va forcer l'éditeur à faire son job s'il ne veut pas que ça passe dans le domaine public (je vois des mains qui se lèvent - 2 minutes ;) )
- ça permettrait de supprimer cette durée de protection complètement ridicule (70 ans après la mort de l'artiste à l'heure actuelle, "still growing")
- ça permettrait à des œuvres d'avoir une seconde vie tant dans le domaine public que dans le monde physique, via des reprises, des remix, des citations etc

Pour les mains dressées qui s'agitent : rien n'empêche de mettre quelques conditions pour le sens donnée à "éditer un contenu culturel" : il faut produire au moins tant de pièces à l'année, distribuer dans au moins X pays. Et rien n'empêche de mettre un nombre d'année maximal durant lequel ce petit jeu pourra continuer. Bien que je ne me fasse pas d'illusion, on pourrait mettre une limite à 100 ans ça ne suffira pas à certains rapaces. Quoique s'ils sont obligés d'éditer, peut-être trouveront-ils que 20 ans suffiront largement :).
Pour un éditeur, le plus simple sera de numériser, et de mettre à disposition sur Internet, son pire ennemi depuis plus de 10 ans. Un juste retour de manivelle, non ? Cela permettrait d'avoir une foison de contenus numériques légaux comme jamais. De plus, l'argent n'ayant pas d'odeur, et ce encore moins sur Internet, l'éditeur n'aura absolument aucune raison de limiter l'accès aux contenus.
Si, en plus, le prix arrive à être correct, il n'y aura plus de raison de pirater les vieux contenus. Soit ils sont dispo sur une plate-forme légale, soit ils sont dans le domaine public. Point final.

Concernant le second concept, à savoir la cascade de distribution : le meilleur secteur pour voir son effet est le Cinéma : combien de fois avez-vous dû attendre des mois avant de pouvoir acheter un film, alors qu'il n'est même plus en salle dans votre pays ? Ça arrive à toutes les sorties de films, ou pas loin. Seuls les gros navets ont la «chance» de passer très rapidement dans les bacs des magasins, pour tenter de rapporter un peu d'argent et limiter la catastrophe.
Honnêtement, je n'ai jamais la patience d'attendre la sortie d'un film en dvd. Si je l'ai vu au cinéma et qu'il m'a plu, j'ai envie de pouvoir le revoir dans les deux semaines qui suivent. Sauf que le tarif "cinéma" est rédhibitoire. Et le DVD n'est pas dispo à la vente ni même la location. Par contre, il arrive souvent qu'on trouve au détour du Net une version relativement potable, permettant d'au moins se repasser les meilleures scènes et de patienter les 6-7 mois d'attente avant de pouvoir repasser à la caisse et obtenir la galette (qui, du fait de sa composition, est aussi une denrée périssable)… Alors, que fait-on, quand on ne veut pas attendre, et que rien ni personne ne vend légalement ce qu'on veut ? Bah, on se retourne vers le téléchargement. Encore.
Et, franchement, si on arrive à trouver une version plus que potable, ça diminue grandement les chances qu'on aille encore l'acheter. Après tout, on a payé la place de cinéma, ce qui, en Suisse, est très loin d'être gratuit (compter une vingtaine de francs suisse pour un ciné pas trop pourri, avec des sièges potables et un son pas trop bruité). On paie, en outre, des redevances "copie privée" sur pour ainsi dire tous les produits électronique qu'on achète (disque dur, tablette, smartphone, baladeur mp3, mediacenter etc). Alors, franchement... Encore payer ? Et qui plus est pour se faire insulter et agresser par les spots anti-pirate qu'on ne peut pas passer ?
Ou encore se faire enfiler une galette bourrée de DRM qu'on n'est même pas sûr de pouvoir lire sur son mediacenter ?
Sans compter les multiples limitations d'utilisation : mesures anti-copie (hey mais je paie des redevances pour la copie privée moi !), mesures empêchant de lire une galette US en Europe, etc. Autant de contraintes qui, au final, ont plutôt tendance à faire fuir le client, vous ne pensez pas ?

Le problème dans ce contexte est un poil différent du précédent : en effet, je doute que les cinémas soient ravis de voir que le film qu'ils passent est disponible dans les bacs en même temps. Encore que je ne sois même pas certain que ça influence sur le nombre d'entrées : une salle de cinéma, c'est pas pareil que son salon, même si on s'achète le super home-cinema de la mort qui tue. Y a pas l'ambiance, y a pas la même qualité.
Pour ma part, j'aime aller au cinéma. Faire la file, tenter d'obtenir "la" place centrée comme il faut, se lover dans le fauteuil et attendre avec impatience le début du film (avoir envie de trucider les gremlins en liberté qui gueulent et sautillent partout, maudire les 10 minutes de pubs toutes plus affligeantes les unes que les autres, aussi ;) )… Ouais, pour ma part, même si le film est dispo en galette, j'irai au cinéma. Et, si le film me plaît, j'irai le lendemain l'acheter dans un magasin. Ou à la sortie du cinéma, après tout, si ce dernier le vend (ah bin, hop, source de revenu supplémentaire permettant, pourquoi pas, de compenser tout ou partie d'un manque à gagner hypothétique).
Les seuls vrais perdants dans l'histoire, ce sont les loueurs de galettes. En effet, ceux-ci vont avoir un peu de mal. Mais c'est déjà de plus en plus le cas, avec la VoD de nos divers fournisseurs d'accès Internet et de services de télévision. Ce métier est appelé à disparaître de toutes façons, sauf quelques uns qui pourront tenir grâce à une clientèle fidélisée, ou des nostalgiques de la location de galettes. Mais, honnêtement, je pense qu'il serait temps de faire son deuil de cette branche. La location à l'air du numérique, c'est un peu comme une vieille locomotive à vapeur : c'est joli, ça fait sourire, peut-être un peu rêver, mais ça sert plus (dans les pays industrialisés).

Au final, l'obsolescence culturelle et le principe de cascade de distribution ne profitent qu'à une petite quantité de personnes, certaines appelées à disparaître de toutes façons. Certains métiers sont en sursis, ne survivant que grâce à cette cascade obsolète. Il faut tourner la page, et répondre aux besoins des clients. Ou alors continuer comme actuellement, à vouloir faire des lois, imposer des taxes (pardon, "redevances"), vouloir filtrer Internet à grands coups de DPI et autres idées très "trendy" actuellement. Une chose est sûre : le ridicule ne tue pas.
Dans une société où tout est de plus en plus immédiat, rester sur une position "on attend X mois entre le passage au cinéma et la sortie du DVD", ou encore "on attend X semaines entre le passage radio et la mise en vente du CD", c'est un peu comme refuser de suivre l'évolution. Comme si les dinosaures avaient refuser de geler sur place, en somme.
Comme déjà évoqué, le monde de la culture est sans doute le seul secteur se permettant de refuser des clients en fonction de limites géographiques. À l'heure d'Internet, réseau mondial accessible par un nombre impressionnant de clients potentiels, se permettre de dire "ce service (payant) n'est pas disponible dans votre pays" est une aberration.

J'ai, malheureusement, peu d'espoir qu'on arrive à une situation telle que décrite ci-dessus, avec un contenu culturel accessible en tous temps par divers moyens, sans limitation. C'est bien triste, parce qu'au final, les idées proposées ci-dessus ne semblent pas complètement stupides. Enfin, étant la personne les ayant émises, je ne suis sans doute pas le mieux placé pour les juger ;). Mais, d'un point de vue purement logique, je ne vois pas de faiblesse. Je ne pense pas non plus que les petits éditeurs (i.e. pas les gros US qui nous emmerdent à longueur d'année avec leur #copyrightmadness) vont en souffrir. Peut-être même au contraire, puisqu'on pourrait voir fleurir de nouveaux contenus basés sur de l'existant, passé dans le domaine public plus rapidement qu'actuellement possible.
Peut-être est-ce la bonne solution pour régler les différents entre les communautés d'internautes, les éditeurs et les artistes ?

Ça mérite qu'on creuse un peu non ?

T.


PS : ce billet avait été commencé le 21.10.2012, c'est-à-dire avant la parution de cet article sur Numerama. C'est une bonne idée de la part de la Commission Européenne, mais ils sont trop prudents, en ce sens que je doute qu'un puisse faire des projections en fonction des résultats de l'essai. En effet, le cinéma d'art et d'essai ne touche de loin pas le même public que les grosses productions américaines. Or, ce sont elles qui sont le plus piratées, et c'est principalement à cause de cet état de fait qu'on tente de nous enfiler par tous les moyens des ACTA, CETA et autres accords commerciaux de ce genre :(. À suivre de près tout de même, et il faudra se tenir prêt à pousser la CE à tenter l'expérience avec des films plus "mainstream". Je suis convaincu qu'on arrivera à régler pas mal de problèmes, et que ce sera, en plus, pour le bénéfice de tout le monde, y compris les consommateurs - ce qui change des autres idées/pistes explorées.