IFPI et ISRC

ajouté le 21.04.2012 dans Suisse • par SwissTenguCommentaires (4)
Tags: ifpi taxe artistes scandal

Décidément, ça n'arrête pas cette semaine! Un twittos m'a envoyé un petit lien.
Et là, c'est le drame. On y apprend que l'IFPI suisse taxe la génération d'un ISRC avec la modique somme de 540CHF (TVA comprise, ouf, on est sauvé).

On y apprend aussi que, selon ifpi.org (on va dire "maison mère"), la création d'un tel code est censée est gratuite, ou taxée de manière à ne couvrir que les frais de sa génération. Mais qu'en général, les pratiques montrent que c'est gratuit (le blog cite l'exemple de l'Angleterre pour la gratuité, et des USA pour une taxe raisonnable).

Il va sans dire que je me pose quelques questions. J'ai donc sortit mes plus beaux français et anglais pour contacter tant l'IFPI suisse que l'IFPI internationale, via le mail bilingue que voici:

== English version bellow ==

Bonjour,

Je suis très intéressé par tout ce qui touche au droit d'auteur en Suisse et ailleurs. Je cherche à comprendre où va l'argent des artistes, et pourquoi ça semble si compliqué de percer, à une époque où une simple page sur Internet peut créer un nom, une renommée.

Telle n'a pas été ma surprise en apprenant l'existence de l'ISRC, identifiant unique pour identifier rapidement la provenance d'un morceau de musique ou d'une vidéo. Surtout quand j'ai vu ceci:
http://www.ouizzz.com/le-prix-...

Surtout quand j'ai été fouiller sur votre site, et suis tombé sur ce PDF d'enregistrement:
http://ifpi.ch/tl_files/ifpi_2...

qui atteste que vous demandez 540CHF (TVA inclue) pour générer l'ISRC.... Or, selon ifpi.org (en copie), l'obtention d'un ISRC est censée être soit gratuite, soit contre un émolument "raisonnable".

je cite: "National Agencies may make a reasonable charge to cover their costs in allocating Registrant Codes, but should note that the usual practice has been to perform this function free of charge."
Source: http://www.ifpi.org/content/se...

Je serais un artiste indépendant, je ne trouverais pas raisonnable une somme pareille, surtout si je débute.

Voici donc quelques questions:

- Qu'est-ce que cette somme couvre, réellement ?
- Pensez-vous normal de faire payer autant ?
- Ne pensez-vous pas qu'avec une somme pareille, vous empêchez des nouveaux labels d’apparaître ?

Merci d'avance pour vos réponses

Dans un souci de transparence, je les publierai sur mon blog (https://blog.tengu.ch/) - si cela vous dérange, je me contenterai de faire un résumé, tout au plus citer quelques points de vos réponses. Dans les deux cas, vous avez bien entendu un droit de réponse et de correction (tant par mail que via les commentaires sur le blog).

Cordialement,

(moi)

== English ==

Hello,

I'm interested by all what concerns author rights in Switzerland and in the world. I'm wanting to understand where's going the money, and why it seems to be so hard to make its place nowadays, when a simple web page can create a name, a reputation.

I discovered the ISRC, unique identification string which helps to find out the origin of some music or video.
I was surprised to read this blog post (in French):
http://www.ouizzz.com/le-prix-...

When I looked on ifpi.ch website, I discovered this PDF file:
http://ifpi.ch/tl_files/ifpi_2...

It says, page 2, that the fees are 540CHF (VAT included). But when we look on ifpi.org, obtaining an ISRC should be free, or with a reasonable charge.
Quote: "National Agencies may make a reasonable charge to cover their costs in allocating Registrant Codes, but should note that the usual practice has been to perform this function free of charge."
Source: http://www.ifpi.org/content/se...

If I was a new independent artist or label, I wouldn't say 540.- is a reasonable charge.

Hence, here are some questions:

- What does this charge cover, really?
- Do you think it's a normal charge ?
- Don't you think with such a charge you prevent new labels or new indep' artists to raise ?

Thanks in advance for your answers.

To be consistent with my politic of transparency, I'll publish them on my blog (https://blog.tengu.ch/ - in French) - if you do not want me to do that, I'll only summarize them, maybe quote some important passages. In both case, you will of course have response and correction rights, either through the comments on the blog, or by email.

Best regards,

(re-moi)


Il est intéressant de voir que ifpi.ch est à Zürich (Kraftstrasse 30) et que le bureau international semble aussi y être (Utoquai 37).

On verra bien ce que mon mail fera, qui sait, peut-être que d'un coup les prix vont baisser pour la Suisse ? J'en doute, je ne dois pas être le premier à leur poser la question. Dans tous les cas, j'espère vraiment avoir une réponse, si possible aussi complète que celles que je reçois en général de la SUISA et autres organismes de ce genre (oui, pour une fois que je peux citer la SUISA comme exemple... ;) ).

D'ailleurs, je me demande si l'IPI ne serait pas intéressé par ces agissements, aussi. Hmmm. Peut-être que je vais envoyer un poke chez eux si je n'ai pas de réponse de l'IFPI (commence à m'embrouiller avec tous ces acronymes -.-').

++

T.
 

La culture dans notre monde

ajouté le 10.03.2012 dans News • par SwissTenguCommentaires (11)
Tags: acta auteur producteur artiste partage solutions ppsfr

Ces derniers temps, il y a pas mal de bruits divers et variés à propos de la culture, des artistes à protéger, des industries qui se cassent la gueule (du moins le clament-elles en cœur) etc.

Mais au fond, quel est le problème ?

Suite à une bonne grosse discussion dans les commentaires d'un article de nouvo.ch, j'ai eu confirmation de ce que je pensais :
les artistes ne sont plus que des pantins animés par des grosses boîtes de production.
Oh, pas tous les artistes – il en reste des indépendants, des qui ont du caractère et le font savoir. Heureusement.
Mais la plupart ne sont plus que l'ombre de ce qu'ils pourraient être. Des marionnettes qu'on montre sur scène de temps en temps, à qui ont donne des délais pour sortir le prochain disque, à qui ont impose des contrats cédant pour ainsi dire tous les droits contre une rétribution hasardeuse, basée sur du vent.

Actuellement, quand on achète un CD, l'artiste ne touche pas grand chose sur le prix (rédhibitoire) de vente. Entre les importateurs, les magasins eux-mêmes et la maison de disque, plus de 90% de l'argent disparaît dans diverses poches qui, au final, ne devraient même pas exister.

Si les artistes arrivaient à reprendre le contrôle de leurs œuvres, en imposant eux-mêmes leurs propres délais, leurs idées etc aux maisons de disque, et que ces dernières revenaient à leur place, le monde irait mieux.

Je parle de la place des maisons de disque. Elles en ont une, oui. Mais pas l'actuelle.
Au commencement étaient des artistes, qui se battaient pour pouvoir être produits, et ainsi se faire connaître.
Certains artistes, plus chanceux que les autres, ont décidé de se mettre ensemble pour découvrir des nouveaux talents, nouveaux sons etc, et de leur donner une chance en les sponsorisant (matériel, studio, un peu de pub).
Eux prenaient un vrai risque. Mais ces personnes étaient du monde de la Musique, de la Création, avaient eux-même créé et s'étaient fait un nom, et de fait connaissaient le milieu. Réellement.

A présent, qui est à la tête de Universal, Sony Music et autres Warner ? Des actionnaires, des économistes. Mais pas d'artiste. Plus d'artiste.

C'est un peu comme un syndicat censé représenter un milieu ouvrier, sans avoir un seul ouvrier dans les hautes sphères (oups, on me souffle que ça devient le cas... hmm).

Bref. La question que je me pose :
comment ces maisons de disque peuvent-elles prétendre représenter les artistes, alors qu'elles sont soumises à des actionnaires désirant toucher leur pécule chaque mois, et voir les bénéfices augmenter de manière logarithmique, voire exponentielle ?

Y a conflit d'intérêt, non ? Ou suis-je complètement à côté de la plaque ?

Un artiste, pour produire quelque chose de bon, il lui faut du temps, de la réflexion. Du moins, c'est ce que moi, pauvre néophyte en la matière, tout juste capable de me souvenir de mes bases de solfège, pense en écoutant un morceau de Zero-Project, Roger Subirana Mata, ou encore Abney Park. On ne peut pas leur dire « hey, gros, tu nous sors un album dans 3 mois, sinon on te vire ». Ça ne peut pas marcher ainsi, si ?

Alors certains vont dire « t'exagère un peu là quand même ». Oui, un tout petit peu. Mais au final, c'est ainsi que je ressens le système. Pire, en tant que consommateur, j'ai la nette impression qu'on veut m'imposer mes goûts musicaux.

A la radio, c'est simple, c'est Britney-Madona-Rihanna-Gaga-Bieber en boucle. Parsemé de pubs, évidemment. Comme dans les fast-food, où on ne nous propose que 2-3 menus avec 1-2 variantes, mais au fond, ça reste la même chose.

A la TV, sur les chaînes dites « musicales » (MCM, MTV et autres de ce genre), pareil. À part que MTV n'est plus considérable comme une chaîne musicale, mais plus comme le meilleur moyen d'abrutir le quidam (avec les émissions qu'ils passent, franchement.... bouerk.).

Bref, assez parlé d'un système dépassé, proche de la mort clinique, actuellement dans un état comateux et ne vivant que grâce à des injections étatiques diverses et (a)variées.

Et si on parlait d'avenir ? Que pourrions-nous proposer aux artistes pour qu'ils puissent continuer de produire ce qu'on aime écouter, tout en ne vivant pas non plus sur la paille ?
Après tout, être créateur, c'est un métier comme un autre, et comme tel mérite rétribution. Ce fait est indéniable, et celles et ceux qui sont pour le « tout gratuit tout le temps sans compromis » n'ont pas réellement compris les enjeux.

Donc, propositions (qui n'engagent que moi, pauvre consommateur de musique, films et livres que je suis) :

Il faudrait d'abord que les artistes récupèrent leurs œuvres, et surtout les droits dessus. Et donc dépouillent leurs maisons de disque, qui vont tirer une sacrée tronche.
Se faisant, on pourrait aussi abroger certaines parties du droit d'auteur, comme cette stupide protection des œuvres post-mortem (jusqu'à 120 ans selon les cas et les pays, 70 ans en Suisse aux dernières nouvelles).
En effet, qui touche les droits après la mort de l'artiste ? Je vous laisse deviner. Et non, dans 90% des cas (soyons optimistes), ce n'est pas la famille ou les proches.

Ensuite, il faudrait que les artistes se mettent « à la page », et soient présents sur le Net. Réseaux sociaux, site web, autant de moyens de se faire connaître, avoir un contact avec ses fans (et pas fans – la critique constructive peut toujours être utile!).
Un site web, à l'heure actuelle, ne coûte pas grand chose. Face à ce qu'il peut rapporter en terme de visibilité, c'est peanuts.

L'idéal serait que les artistes fournissent, gratuitement, tout ou partie de leur discographie dans un format moyennement pourri (ogg par exemple – lossy, mais opensource), de manière à ce que les gens puissent écouter ce qu'ils font, montrer à leurs amis et proches ce qu'ils font etc.
Après tout, le meilleur vecteur de propagation reste les fans. Le bouche à oreille aussi.

Ensuite, comme il faut aussi manger, payer les charges sociales (sigh) et autres loyers (pfff), un bouton « soutenir » renvoyant vers paypal ou tout autre moyen de paiement en ligne me semble une bonne chose. C'est discret, mais tout le monde connaît. Et tout le monde peut cliquer dessus s'il apprécie ce qu'il écoute.
La mise en vente à travers le site de cd (hey, franchement, un cd-r, ça coûte que dalle), ou, pourquoi pas, des morceaux en format propre (allez, flac, c'est lossless et opensource!), comme le fait Zero-Project par exemple, peut aussi être une source de revenu.
Et pourquoi pas des goodies ? Mugs, tshirts, porte-clefs... autant de trucs inutiles que les fans adorent collectionner, et n'hésitent pas à acheter.
Il y a assez de magasins en ligne proposant de faire des tshirts/pulls/strings avec le dessin que vous voulez. À bas prix, qui plus est.

Ensuite, comme autre moyen, les concerts.
Un concert, c'est bien. C'est vraiment bien, parce que ça permet aux fans d'être proches de « leurs » artistes. C'est l'occasion de voir « in situ » ce que l'artiste fait, le show, la foule, les goodies (bah, l'occasion de vendre des trucs exclusifs!)... Bref. Un concert, c'est vraiment cool. Ça passe dans les journaux, on peut même, après, voir pour vendre la vidéo du concert... etc.

Tout cela marche. Et fort bien. Tout est une question de prix :
On ne va pas vendre un CD à 30CHF, si ?
On ne va pas vendre un morceau en ogg (ou mp3 – mais c'est sale) à 5CHF, si ?

Des prix raisonnables vont attirer les clients. Ces clients vont consommer plus, acheter plus, parce que « c'est pas cher ». Mais au final, ça rapporte.

Imaginez un monde tel que ce que je propose : des concerts fréquents, de la musique en ligne sur tous les sites, pas de contrôle de ce que vous téléchargez sur le Net, vous pouvez faire découvrir un groupe à votre voisin sans encourir une amende salée, les artistes vivent, la création continue son œuvre et perdure...

Si ce n'est pas beau, tout ça ?

Alors oui, je sais, j'en vois déjà qui vont me sortir « hey, mais ça va pas marcher, pour les groupes ayant besoin d'un vrai studio d'enregistrement par exemple ». Oui.
C'est là que les maisons de disques interviennent. Ces dernières, au lieu d'imposer leurs normes, devraient être à disposition des artistes.
Et ces derniers devraient les payer pour la location du matériel, par exemple. Un contrat, qui stipule que la maison de disque recevra X% sur les ventes/concerts, à hauteur de Y CHF correspondant à ce que la location coûte réellement.

Et c'est là qu'est toute la différence : les artistes reprennent la main sur leur création. Les maisons de disque sont reléguées à la production. Uniquement. Et sont payées par les artistes – au lieu de leur voler leurs droits, et de les payer sur on ne sait quelle base déconnectée de la réalité.

Je suis convaincu que ce type de système peut marcher. C'est une solution qui devrait satisfaire tout le monde, sauf les maisons de disque, qui perdront leur pouvoir leur permettant d'imposer leurs choix au monde entier.

Internet est un vecteur de connaissances sans précédent. Il permet à un Suisse de pouvoir découvrir des artistes au fin fond du Japon. Il permet à un Américain de savoir qu'il y a de la musique en Suisse, et que ça peut lui plaire (s'il peut écouter gratuitement pour découvrir).
Internet est la solution pour la culture et la création. La dématérialisation est un pas important, mais nécessaire.
Ce qui n'empêchera jamais de pouvoir acheter un CD, voire un vinyle puisque ce dernier semble revenir au goût du jour.

Amis artistes, créateurs, reprenez vos droits en main, reprenez votre création en main, et fichez loin ces satanées maisons de disque ! Le monde ne s'en portera que mieux.
N'oubliez pas que le droit d'auteur n'a pas été pensé pour aller taper sur vos fans, mais pour protéger les écrivains de leurs éditeurs. Donc les artistes de leurs producteurs !

Il y a, bien entendu, certains domaines où ce sera plus compliqué – en particulier le cinéma. Pour ceux-ci, je n'ai pas encore d'idée sur comment faire les choses, au vu des sommes astronomiques. Peut-être commencer par ne plus verser de salaires indécents aux acteurs... Salaires qui permettraient à une famille de vivre à vie dans un luxe impensable, et qui ne représente pourtant que le revenu d'un film... À quoi ça sert de payer Brad 10 millions pour son dernier film (chiffre lancé en l'air, mais pas loin de la réalité) ?! Franchement, faut arrêter avec la démesure !

Pour ma part, je suis ouvert à toutes discussions, avec des artistes de tous bords, tous poils, à élaborer des solutions, démontrer que ce que je dis n'est pas que du blabla sur un blog paumé. Je ne désire même que ça ! La discussion permettra de faire avancer les choses. Pas la répression, manifestement tant souhaitée par les maisons de production (et mêmes certains artistes).

Merci de votre attention, en espérant que ces idées feront leur chemin dans les esprits.

T